Actualités, Lettre du Plan Séisme

ActualitésSéisme de la vallée de l’Ubaye du 7 avril 2014 (Ml=5.3)

Mardi 27 mai 2014

Les caractéristiques du séisme  

Un important séisme   est survenu le lundi 7 avril 2014 à 21h27 heure locale (19h27 heure GMT) à la limite entre les départements des Hautes-Alpes et des Alpes-de-Haute-Provence, au niveau de la commune de Saint-Paul-sur-Ubaye, à une quinzaine de kilomètres au nord de Barcelonnette. Relativement superficiel, ce séisme   a atteint une magnitude   locale de 5,3 selon le Laboratoire de Détection Géophysique (LDG?) du CEA? et a été largement ressenti dans la région épicentrale ainsi que dans tout le quart sud-est du pays, en occasionnant uniquement des dégâts très mineurs dans la zone épicentrale.

Enregistrement du séisme du 7 avril 2014
Enregistrement du séisme du 7 avril 2014
Source : BRGM?

Il s’agit du séisme   le plus important enregistré en métropole depuis une dizaine d’années, et le plus important dans les Alpes depuis le séisme   d’Annecy du 15 juillet 1996, de magnitude   comparable mais qui était alors survenu dans une zone beaucoup plus peuplée. Depuis que les réseaux sismologiques du CEA permettent de surveiller la sismicité   française, soit depuis 1962, seule une dizaine de séismes de magnitudes équivalentes ou supérieures a été enregistrée en Métropole.

Selon les témoignages internet recueillis par le BCSF?, des intensités préliminaires maximales de V sont relevées dans la zone épicentrale [1]. Contrairement à ce qu’aurait pu laisser supposer la magnitude   importante de l’événement, les dommages induits par ce séisme   demeurent très limités. On recense ainsi plusieurs chutes de cheminées ainsi que des fissures dans certains bâtiments de communes proches de l’épicentre. Cet important séisme   a cependant généré une certaine inquiétude parmi la population. En effet les centres de secours des départements proches de l’épicentre ont reçu chacun plusieurs centaines d’appels.

A plus grande distance, et bien qu’atténuées, les vibrations générées par le séisme   ont été ressenties dans un rayon de près de 300 km autour de l’épicentre. Ainsi, les témoignages recueillis par le BCSF indiquent-ils une aire de perception du séisme   allant depuis Lyon au nord, et jusqu’à Marseille au sud. Le séisme   a par ailleurs été fortement ressenti en Italie dans le Piémont et la Lombardie, jusqu’à Milan. En particulier, ce séisme   a donné lieu à de très nombreux témoignages le long de la Côte-d’Azur, avec des intensités variant de III à IV. Ces témoignages mettent en évidence des effets de directivité et de propagation préférentielle vers le sud similaires à ceux soulignés suite au séisme   survenu en février 2012.

Un précédent récent : le séisme   du 26 février 2012

Le 26 février 2012, un séisme   de magnitude   locale établie à 4.5 par le LDG était survenu au même endroit. Egalement superficiel, ce séisme   avait été largement ressenti dans la région épicentrale, sans générer de dégâts notables. Ce séisme   avait fait l’objet d’un article dans la lettre du Plan Séisme du 2e trimestre 2012.

Ce séisme   du 26 février 2012 a marqué le début d’une intense activité sismique dans la vallée de l’Ubaye qui a perduré jusqu’à l’événement majeur du 7 avril 2014. Ainsi le réseau régional de surveillance sismique SISMALP a fait état de plusieurs milliers de séismes détectés entre les deux événements, dont plusieurs dizaines ont été ressentis plus ou moins fortement par la population.

Une crise sismique en essaim très surveillée

La région de l’Ubaye présente une sismicité   remarquable caractérisée par des crises sismiques dites « en essaim » qui se traduisent par une succession très localisée de séismes. Si après la survenue d’un séisme   il est très fréquent d’observer pendant une période plus ou moins longue une succession de secousses de moindre importance dites « répliques   », les essaims de séismes se distinguent par le fait que la magnitude   des séismes observés ne suit aucune évolution claire et que l’on ne sait pas, au cours de la crise, si la magnitude   maximale de cette crise a été atteinte. Il est ainsi impossible de prévoir précisément la manière dont va évoluer la crise sismique en cours.

« Essaims de séismes » de la haute vallée de l'Ubaye de 2003-2004 (en blanc), de 2012-2014 (en rose) et depuis le 7 avril 2014 (en rouge)
« Essaims de séismes » de la haute vallée de l’Ubaye de 2003-2004 (en blanc), de 2012-2014 (en rose) et depuis le 7 avril 2014 (en rouge)
Source : SISMALP

Afin d’obtenir une meilleure visibilité de cette crise sismique, et dans le but de mieux comprendre le phénomène de sismicité   en essaim, sept stations sismologiques temporaires ont été déployées dans la région épicentrale conjointement par les équipes de l’université de Grenoble (SISMALP, ISTerre?) et de GéoAzur.

Un retour d’expérience essentiel

Ce type d’événement étant relativement rare sur le territoire métropolitain, plusieurs missions d’expertise complémentaires ont été organisées pour acquérir un retour d’expérience. En particulier une mission du BCSF a été conduite du 14 au 16 avril afin de recenser précisément les effets du séisme   et d’en fournir une carte d’intensité   précise. Une mission post-sismique de l’AFPS? a également été menée sur place du 22 au 23 avril comme après chaque événement majeur pouvant apporter des enseignements vis-à-vis de la connaissance du risque sismique   en France : cette mission s’est pour sa part concentrée sur le dégât à l’habitat individuel et au petit collectif.

Une démarche de retour d’expérience est menée à l’initiative de la DREAL? de la région PACA?, sur les thématiques suivantes : le comportement des populations, l’information et la communication, les traces du séisme   sur le terrain (notamment mouvements de terrain), les dommages et dysfonctionnements, les conséquences économiques et la gestion de crise. Un exercice de crise sismique (exercice RICHTER-04) avait été organisé en octobre 2013 dans le département des Alpes-de-Haute-Provence par le Ministère de l’Intérieur et la Préfecture, avec l’appui du BRGM?. A cette occasion, les autorités avaient notamment eu à gérer les conséquences d’un séisme   présentant de fortes similitudes avec celui survenu le 7 avril dernier, tant par sa localisation que par sa magnitude   (cf. Infolettre du 4e trimestre 2013). La démarche de REX permettra donc d’évaluer également l’apport des exercices de gestion de crise de type RICHTER à la gestion opérationnelle de séismes.

[1Ces intensités, issues de témoignages internet individuels, permettent une estimation préliminaire rapide de la sévérité de la secousse au sol ; elles sont à distinguer des intensités communales évaluées par le BCSF? à partir des enquêtes macrosismiques et des analyses de terrain du Groupe d’intervention macrosismique (GIM).