Actualités, Lettre du Plan Séisme

Dossier : Séismes et patrimoine culurelQuestions/Réponses : le point de vue du restaurateur

Mardi 28 janvier 2014

Entretien avec Roch Payet, directeur des études de restauration à Institut National du Patrimoine (INP)

En charge de la mission menée en 2009 suite au séisme   de l’Aquila (Italie) pour préparer l’aide de la France dans la reconstruction du patrimoine endommagé, quels enseignements tirez-vous de l’organisation du sauvetage de ce patrimoine ?

La réponse de la Protection Civile italienne a été exemplaire durant la phase d’urgence. Son efficacité provient notamment de l’intégration de l’ensemble des acteurs au sein du dispositif et de la professionnalisation des bénévoles.

Par exemple, l’association Legambiente dispose d’un statut d’unité opérationnelle de la Protection Civile et, à ce titre recrute forme et déploie des volontaires très bien préparés sur le terrain, dont la plupart sont restaurateurs, historiens d’art, architectes ou archéologues. Elle intervient en parfaite osmose avec des corps spécialisés de pompiers, qui sont également formés aux méthodes spécifiques de consolidation des édifices et d’exfiltration des œuvres d’art par des moyens acrobatiques.

Cette intégration, qui favorise l’optimisation des moyens déployés et l’organisation de formations spécifiques, est un modèle à généraliser en Europe et notamment en France.

Près de 5 ans après le séisme  , a-t-on une idée de la part du patrimoine qui a pu être (ou sera) restauré et de celui qui au contraire est définitivement perdu ?

Autant la réponse d’urgence a été exemplaire, autant la gestion de la récupération d’une situation normale est problématique. D’une part à cause de l’ampleur d’une catastrophe qui concernait la région des Abruzzes tout entière et qui a détruit une bonne partie du centre ancien de L’Aquila, mais également du fait des conséquences sociales et humaines qui sont bien loin d’être résorbées.

La « zone rouge », dans laquelle il est interdit de circuler librement, est toujours contrôlée par l’armée qui veille à la sécurité des populations dans l’hyper centre qui ressemble toujours à une ville fantôme. Les bâtiments sont figés sous leurs structures de renfort et seule une poignée de monuments prestigieux ont été restaurés. L’habitat ancien est en attente de fonds qui risquent de ne jamais suffire à réhabiliter le centre historique. L’hypothèse d’une démolition-reconstruction est étudiée, bien que très difficile à faire accepter à la population.

Par contre, l’essentiel des objets mobiliers a été sauvé et mis à l’abri, grâce au professionnalisme évoqué précédemment.

Le risque sismique   est également une réalité en France : quelles sont aujourd’hui les mesures de protection concrètes envisagées pour sauvegarder notre patrimoine culturel en cas de survenue d’un séisme   ?

Les séismes successifs qu’a connus l’Italie nous ont enseigné que l’on ne peut rien faire pour sauvegarder le patrimoine durant un tremblement de terre  . Les seules actions possibles se situent en amont et en aval. Si on ne peut prévenir les séismes, il est parfois possible d’en minimiser les effets sur les biens culturels, mais à condition de prendre conscience de la réalité de ce risque. Les zones méditerranéennes et montagneuses ne sont pas à l’abri de ce risque, mais les professionnels français sont bien moins sensibilisés que leurs voisins italiens à ces questions du fait de la rareté des événements sismiques sur notre territoire.

En matière de prévention, le respect des normes de construction est une réalité pour les établissements récents, c’est plus délicat pour les monuments historiques qui ne peuvent être mis aux normes. Certaines mesures de conditionnement ou d’exposition peuvent cependant être prises, afin de limiter les risques pour les collections, en cas de secousses limitées.

L’essentiel des dispositions qui commencent à être prises dans les établissements patrimoniaux réside dans l’élaboration de plans de sauvegarde ou de préparation aux situations d’urgence. Il s’agit de se doter de tous les moyens et procédures susceptibles de faciliter l’évacuation des œuvres et leur mise en sécurité à l’issue du séisme  .

Une meilleure intégration des services de secours et des professionnels du patrimoine optimiserait considérablement l’efficacité de ces plans, si nous parvenions à nous inspirer de l’expérience italienne en la matière.