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Lettre du Plan SéismeLettre du Plan Séisme - 3e trimestre 2011

Jeudi 13 octobre 2011

Retour sur la sismicité   récente

Séisme   en Inde (18/09/2011, Mw=6.9)

Un violent séisme   de magnitude   6.9 est survenu le 18 septembre 2011 dans l’Etat indien du Sikkim, non-loin de la frontière avec le Népal et le Tibet. Localisée dans une région montagneuse, la zone sinistrée s’est retrouvée isolée dans les jours suivants le séisme   du fait de nombreux mouvements de terrains et coulées de boue ayant endommagé les routes d’accès, ainsi que de la mousson qui a cloué au sol les hélicoptères de l’armée.

Dégâts causés par le séisme indien du 18 septembre 2011
Dégâts causés par le séisme indien du 18 septembre 2011
Source : AFP/STRDEL

Le bilan de ce séisme   fait état de plus de 100.000 logements détruits répartis sur les trois pays que compte la zone épicentrale, alors que le nombre de victimes s’élève selon un bilan encore provisoire à 115 – principalement en Inde. Du fait de la puissance du séisme  , les secousses ont par ailleurs été ressenties à une distance de plus de 1.000 km jusqu’à New Delhi et au Bangladesh.
Une nouvelle fois ce séisme   met en lumière l’importance des règles de construction parasismiques adaptées, alors que l’autorité de gestion des catastrophes indienne (la NDMA) a affirmé que près de 70% de la population urbaine de l’Inde était en danger du fait des bâtiments très vulnérables aux séismes.

Hormis le séisme   indien du 18 septembre dernier, aucun séisme   destructeur n’est survenu ces derniers mois. L’examen des cartes de sismicité   des trois derniers mois souligne cependant que plusieurs séismes ont été enregistrés dans des régions peu habituées à ce phénomène. De magnitudes relativement modérées, ces séismes viennent rappeler aux populations locales que leurs territoires sont également concernés par le risque sismique  , et ce malgré le fait que les événements destructeurs n’y surviennent que très rarement.

Du côté de la France

Pour ce qui est de la France, plusieurs de ces séismes « didactiques » sont survenus ces trois derniers mois, puisque que trois régions ont subi une « piqûre de rappel » concernant leur exposition au risque sismique  , avec la survenue de séismes modérés n’ayant occasionnés aucun dommage notable.
Le 7 juillet 2011, c’est tout d’abord la Corse dont le sol tremble consécutivement à la survenue d’un séisme   en mer, à une centaine de kilomètres à l’Ouest d’Ajaccio. Faisant suite à un premier séisme   de moindre importance survenu cinq jours plus tôt le 2 juillet 2011 dans le même secteur, le séisme   du 7 juillet a été ressenti en Corse avec une intensité   maximale de IV et dans une moindre mesure sur la Côte-d’Azur. Sa magnitude   de moment, évaluée à 5.3 par le Centre Sismologique EuroMéditerranéen (CSEM), le place parmi les 10 séismes les plus importants enregistrés depuis une trentaine d’années sur le territoire métropolitain (ou proche des côtes françaises métropolitaines).

Exemple de coupures de presse se faisant écho des séismes survenus ces derniers mois en France
Exemple de coupures de presse se faisant écho des séismes survenus ces derniers mois en France

Près d’un mois plus tard, le 3 août 2011, c’est à la limite entre les départements du Gard et de l’Ardèche qu’un séisme   surprend la population. Localisé à environ 40 km au sud-ouest de Montélimar et fortement ressenti entre Valence et Montpellier, ce séisme   de magnitude   locale de 4,0 selon le Réseau National de Surveillance Sismique (RéNaSS (BRGM?/EDF/IRSN?) qui recense l’ensemble des observations connues relatives au ressenti des séismes passés en France ne fait état d’aucun épicentre d’intensité   supérieure ou égale à celle du séisme   du 3 août (i.e. I0=IV) dans un rayon de 20 kilomètres.

Enfin, le 9 septembre 2011, c’est en Outre-Mer que le risque sismique   se rappelle aux habitants, avec un séisme   de magnitude   de moment de 5.0 situé à une dizaine de kilomètres au Nord-est de l’île/département de Mayotte. Fortement ressenti par la population mahoraise, ce séisme   n’a semble-t-il causé aucun dégât.

Localisation des trois séismes modérés survenus sur le territoire français entre le mois de juillet et le mois de septembre 2011, et zonage sismique de la France
Localisation des trois séismes modérés survenus sur le territoire français entre le mois de juillet et le mois de septembre 2011, et zonage sismique de la France

Séisme   sur la côte Est des Etats-Unis (23/08/2011, Mw=5.8)

Durant la même période, les Etats-Unis également ont enregistré un séisme   dans une zone d’ordinaire peu sujette aux tremblements de terre importants : en Virginie, sur la côte Est du pays. En effet, alors que la côte Ouest des Etats-Unis est connue pour son importante sismicité   associée notamment à la fameuse faille   de San-Andreas, la côte Est est d’ordinaire relativement épargnée par le phénomène sismique. Aussi, le séisme   du 23 août 2011 de magnitude   5.8 a surpris par sa puissance ainsi que par la zone très étendue dans laquelle il a été ressenti.

Si les dégâts occasionnés par ce séisme   demeurent très limités, les secousses engendrées ont semé la panique dans la région, amenant les autorités à évacuer le Pentagone, le Capitole et la Maison Blanche à Washington, alors qu’à New-York de nombreuses personnes sont descendues dans les rues. La Côte Est étant caractérisée par une atténuation des mouvements sismiques jusqu’à dix fois moins importante que celle observée sur la Côte Ouest, ce séisme   a été ressenti à très grande distance, comme à Montréal, pourtant située à près de 1000 kilomètres de l’épicentre.

Incidence sur l’évaluation de l’aléa sismique  

L’occurrence de séismes dans des zones à sismicité   peu marquée pose inévitablement la question de la fiabilité des cartes d’aléa sismique  , lesquelles constituent la base des règles parasismiques. Cependant, à l’exception des rares zones considérées comme asismiques sur le globe en raison de leur structuration géologique, il n’est pas anormal dans une région donnée d’y observer des séismes, et ce quel que soit son niveau de sismicité   supposé. Afin de vérifier la cohérence de ces séismes avec les cartes d’aléa, il convient de regarder avec attention deux éléments : premièrement s’assurer que la magnitude   du séisme   observé se situe bien dans la gamme des magnitudes attendues, et deuxièmement analyser la période de retour   de tels séismes dans la région.

Magnitude   attendue ?
Bien que par nature la magnitude   ne soit pas bornée [1], il est possible pour chaque région de définir une borne maximale de magnitude   que les séismes régionaux ne peuvent théoriquement pas dépasser. En effet, l’énergie dissipée par un séisme   – et par conséquent sa magnitude   – étant directement liée à la taille de la zone de rupture observée le long d’une faille  , les dimensions des grandes failles en présence imposent des limites physiques aux séismes.

Pour les quatre séismes cités précédemment, la magnitude   observée est ainsi dans chaque cas en deçà des valeurs maximales jugées possibles.

Des séismes peu fréquents
Du fait de la nature même des processus naturels donnant lieux aux séismes (accumulation lente de contraintes dans le sous-sol du fait des mouvements relatifs des plaques tectoniques les unes par rapport aux autres), les tremblements de terre sont associés à des périodes de retour relativement importantes. Pour un séisme   d’une magnitude   donnée, cette période de retour   est d’autant plus importante que la sismicité   de la région considérée est faible. Ainsi, alors que la Métropole n’enregistre en moyenne qu’un séisme   de magnitude   supérieure à 5.0 tous les 4 ans, des pays très sismiques comme le Japon peuvent en enregistrer plusieurs par mois.

Le web : nouvel outil sismologique ?

Du fait de son développement rapide, internet s’est imposé depuis quelques années comme un outil incontournable dans la gestion du risque sismique  . Jusqu’alors utilisé de manière traditionnelle comme moyen de partage et de diffusion de l’information au travers la mise en ligne de bases de données, la réalisation de sites internet thématiques comme le site du Plan Séisme ou encore le développement de projets collaboratifs, le web est en passe de devenir un véritable outil sismologique…

Faire de l’internaute un capteur sismologique mobile et connecté…

Dès qu’un séisme   significatif survient, des stations sismologiques enregistrent les mouvements du sol et envoient leurs données vers des centres de traitement pour être traitées automatiquement, permettant ainsi d’émettre des alertes quelques minutes seulement après les premières secousses. Malheureusement, le coût de telles stations étant important, leur nombre reste très limité, à l’exception de quelques zones très sismiques. De plus, toutes les stations sismologiques ne disposent pas de moyens de transmission des données en temps-réel, et il est parfois nécessaire d’attendre quelques jours après un séisme   avant de pouvoir disposer de l’ensemble des enregistrements.

Au contraire des stations sismologiques, les internautes sont maintenant si nombreux, qu’il s’en trouve quasiment toujours parmi les premiers témoins des séismes, au cœur même des régions épicentrales. Or, l’exemple du séisme   dévastateur d’Haïti de janvier 2010 nous a montré que même lorsque l’essentiel des bâtiments est effondré et que les liaisons téléphoniques fixes sont coupées, les réseaux de téléphonie sans-fil demeurent en partie opérationnels, maintenant ainsi un accès (même limité) à internet. Partant de ce constat, plusieurs équipes de recherche dans le monde essayent de faire parler les énormes quantités de données échangées dans les minutes suivant la survenue des séismes…

L’expérience montre que les personnes se connectent à internet après avoir ressenti un séisme   soit dans le but de faire part de leur expérience (témoignages à chaud sur des blogs ou réseaux sociaux, envoi de messages pour rassurer les proches ou prendre de leurs nouvelles, etc.), soit pour chercher de l’information sur le séisme   en se connectant sur des sites spécialisés. Dans les deux cas, une analyse du trafic internet révèle :

  1. Une augmentation significative du trafic dans la zone épicentrale dès les premières secondes après l’occurrence du séisme   ;
  2. Une concentration des visites liées aux séismes (i.e. recherches par mots-clés de type « séisme   », etc. dans les moteurs de recherches, mention des mêmes termes dans des messages, ou consultation de sites spécialisés) centrée sur l’épicentre.

Ainsi, l’épicentre du séisme   peut être localisé relativement précisément et extrêmement rapidement – et ce sans le moindre capteur sismologique – parfois avant même les réseaux de surveillance ! A noter que dans le cas des séismes très destructeurs, une chute du trafic internet peut au contraire être observée, laquelle coïncide généralement avec la zone épicentrale et est signe de destructions généralisées.

En Europe, le CSEM? s’est ainsi engagé depuis plusieurs années dans une démarche de Sismologie Citoyenne consistant à impliquer les citoyens en les rendant acteurs de la surveillance sismique. Ainsi, les internautes sont considérés par le CSEM comme une importante source d’information, que ce soit par leurs témoignages de ressenti des séismes au travers du questionnaire macrosismique en ligne disponible dans 32 langues, par l’envoi de photos de phénomènes sismiques prises sur le vif, ou par leur simple connexion sur le site internet… La prochaine étape de Sismologie Citoyenne annoncée par le CSEM avec la collaboration de l’Université d’Edimbourg, est de tirer profit des accéléromètres présents dans les ordinateurs IMac® afin de développer un réseau citoyen de surveillance sismologique, à l’image du projet collaboratif Quake-Catcher Network mené par l’Université de Stanford en Californie.

Et le site internet du Plan Séisme   ?

Il est intéressant de noter que les internautes se sont connectés en masse au site internet du Plan Séisme   dans les minutes qui ont suivi l’annonce de la survenue du très violent séisme   japonais du 11 mars 2011. L’examen attentif de la consultation du site www.planseisme.fr souligne ainsi, d’une part une forte augmentation du trafic les jours suivants le séisme  , mais également une augmentation importante de ce trafic dès 7h du matin, soit à peine plus d’un quart d’heure après les premières secousses (voir illustration ci-dessous). Bien que 7h du matin marque en France le premier afflux massif d’internautes après la période creuse de la nuit, l’augmentation du nombre de visites observée le 11 mars 2011 est autrement plus importante que celle généralement observée sur le site internet du Plan Séisme  .

Détail des statistiques de fréquentation du site internet www.planseisme.fr sur la période du séisme japonais du 11 mars 2011
Détail des statistiques de fréquentation du site internet www.planseisme.fr sur la période du séisme japonais du 11 mars 2011

Les réseaux sociaux constituent également une source d’information très riche dans les premières minutes qui suivent un séisme  . En particulier, du fait qu’il soit basé sur le principe d’échanges de messages courts correspondant le plus souvent à un ressenti sur le vif de la part des internautes, le réseau social Twitter est particulièrement adapté à cet effet. Le récent séisme   de Virginie qui a ébranlé la Côte Est des Etats-Unis (voir article précédent) constitue la meilleure illustration de ce que l’exploitation de ces réseaux peut apporter.
Ainsi, le suivi des messages échangés sur le réseau social Twitter (nommés « tweets ») et ayant pour sujets des mots-clés liés aux séismes, permet clairement d’identifier la zone épicentrale ainsi que le temps origine du séisme   comme le montre la vidéo postée sur internet dont une capture d’écran est présentée ci-contre. On distingue clairement sur ce type de cartographie la zone où le séisme   a été ressenti, laquelle est parfaitement en accord avec les cartes d’intensités élaborées par les sismologues américains.

Par ailleurs, les tweets envoyés depuis la zone épicentrale pourraient constituer dans certains cas une véritable alerte précoce, puisqu’ils peuvent être lus à quelque distance de l’épicentre avant même que les ondes sismiques n’y aient été ressenties. D’où ce slogan repris par le site internet : Twitter, plus rapide que les séismes

Guide Information des Acquéreurs et des Locataires (IAL?)

Comme présenté dans la lettre du Plan Séisme du 2e trimestre 2011, la loi du 30 juillet 2003 relative à la prévention des risques technologiques et naturels et à la réparation des dommages rend obligatoire l’information de l’acheteur ou du locataire de tout bien immobilier (bâti et non bâti) situé en zone de sismicité   et/ou dans le périmètre d’un plan de prévention des risques naturels ou technologiques prescrit ou approuvé, permettant ainsi de connaître les servitudes qui s’imposent à son bien et les sinistres qu’a subi ce dernier.

Pour rappeler cette obligation entrée en vigueur en juin 2006 et guider les propriétaires ou bailleurs dans la constitution des deux documents qui doivent être annexés au contrat de vente ou de location, le Ministère en charge du Développement durable met à disposition du publique un guide téléchargeable sur son site internet www.prim.net.

AUTRES POINTS AU SOMMAIRE DE LA LETTRE DU PLAN SÉISME  

  • Zoom sur… : Maison de la Connaissance et de la Prévention du risque sismique   - site du Pic du Jer (Lourdes), par Michel AZOT, Maire adjoint de Lourdes et Vice-Président de la communauté de communes du Pays de Lourdes
  • Dossier : La prise en compte du risque sismique   dans les COM

NOUVEAUTÉS SUR LE SITE INTERNET

Le texte intégral de la Lettre du Plan Séisme   peut être téléchargé ci-dessous en format pdf.

Lettre du Plan Seisme - 3e trimestre 2011 -  PDF - 2.4 Mo
Lettre du Plan Seisme - 3e trimestre 2011

[1La magnitude constitue un paramètre représentatif de l’énergie libérée par le séisme. Par conséquent, « l’échelle » de magnitude est une échelle dite « ouverte ». Cependant, des limites physiques (épaisseur de la lithosphère, longueur des grandes failles) rendent les magnitudes supérieures à 10 quasiment impossibles.

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