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Espace témoignagesInterview de Xavier Goergler

Jeudi 26 juillet 2012

Xavier Goergler

Contexte

Depuis l’été 2011, Xavier Goergler, jeune professeur agrégé de SVT, est engagé dans Risk around the world, un tour du monde le menant dans des écoles françaises exposées à des risques naturels majeurs, dans le but de collecter des informations sur la manière dont ces risques peuvent être pris en compte dans les établissements scolaires.

Questions - Réponses

1/ Votre périple vous a notamment conduit dans différentes régions exposées à un fort aléa sismique   : comment les établissements scolaires français que vous avez visités se préparent-ils à la survenue de violents séismes ?
Ma première année d’itinérance, qui correspond globalement à la descente du continent américain m’aura effectivement amené dans des zones à très forts aléas sismiques qui se superposent géologiquement à la « ceinture de feu du Pacifique ». Les établissements français situés dans les villes de la côte ouest du continent américain sont donc tous soumis à la menace sismique qui s’est pratiquement toujours transformée par le passé en catastrophe. Il est donc primordial de préciser que la (re)survenue d’un tel événement n’est pas discutable, la seule inconnue étant la date !

J’ai pu constater dans tous les établissements français à l’étranger (EFE) situés en zone à risque sismique   (Portland, San Francisco, Managua, Panama, Lima, Santiago) que les normes et mesures adoptées sont à chaque fois les plus contraignantes afin d’assurer une sécurité maximale. Ainsi, la majorité des EFE répondent à des normes antisismiques et sont construits de manière à limiter les effondrements. Pour sa part, l’EFE de San Francisco prévoit pour chaque professeur et élèves un « sac d’urgence » contenant tout le nécessaire pour vivre de manière indépendante durant plusieurs jours. D’autres EFE ont construit des hangars de secours contenant des réserves de nourriture, des hôpitaux de fortune, des condensateurs d’eau pour subvenir aux premiers besoins en cas de crise.

Dans l’ensemble de ces stratégies, ce qui inquiète en général le plus les chefs d’établissements concerne le post-séisme   et la gestion d’une communauté éducative, souvent importante, en attendant l’arrivée des secours ou la remise des élèves aux parents.

2/ A mi-parcours de votre tour du monde, quels principaux enseignements en matière d’éducation aux risques tireriez-vous de ces douze mois de voyage et de rencontres ?
En matière d’éducation aux risques le maître mot est la prévention qui se dispense en premier lieu dans les établissements scolaires. C’est d’ailleurs tout l’objet de la série « La communauté éducative face aux risques naturels majeurs » à laquelle je contribue et qui est soutenue par le Centre Régional de Documentation Pédagogique de l’Académie d’Amiens (qui est pôle national de compétence dans l’Education au Développement Durable). Cette série vidéo a pour objectif de constituer une banque de données utilisable par tous et participant à la culture du risque de chacun. Elle permet également et surtout de constituer des supports pédagogiques utilisables par les enseignants et élèves afin de sensibiliser l’ensemble de la communauté éducative à la gestion des risques naturels. Enfin, elle permet de recenser et de diffuser des procédures particulières et novatrices (en milieu intra comme extra-scolaire) pour améliorer encore et toujours notre capacité à gérer des événements catastrophiques.

La première pierre à apporter à l’édifice de la prévention est la compréhension du phénomène. Les enseignants en Sciences de la Vie et de la Terre ainsi que ceux d’Histoire-Géographie sont particulièrement impliqués dans cette tâche durant tout l’enseignement secondaire comme en font référence les programmes officiels. En dehors de ce cadre institutionnel, une série d’initiative permet aux élèves d’avoir une vision plus concrète du phénomène. Je pense notamment au réseau mondial de « sismos à l’école » dont font partie les EFE de San Francisco, Lima et Santiago et qui permet aux élèves de se rendre compte directement de l’activité sismique de la région. Je fais référence également aux sorties éducatives proposées par un certain nombre de professeurs (sortie géologique sur la faille   de San Andréas dans la région de San Francisco ; sortie vulcanologique dans les environs de Managua au Nicaragua) et qui permettent mieux que tout d’intégrer un événement géologique de cette ampleur.

Une partie essentielle de la prévention est le « retour d’expérience » au cours duquel j’ai sûrement appris le plus sur ces phénomènes extrêmes. Je pense notamment à l’intervention que j’ai réalisée à l’Alliance française de Managua où j’ai pu interviewer l’ensemble des participants. Les gens vivant dans des zones à risques se doivent de s’informer en communicant sur la réalité de l’événement afin de s’en prévenir le mieux possible. Les personnes ayant vécu un épisode sismique majeur sont une mine d’informations qui nous rappellent que les catastrophes passées se produiront à nouveau dans un futur plus ou moins proche ! Cette démarche sert tout particulièrement à entretenir la mémoire collective qui a tendance naturellement à s’estomper en fonction du temps, alors que plus le temps passe, plus la probabilité de survenue augmente.

Toujours pour entretenir la mémoire, pas factuellement cette fois mais gestuellement, les exercices de simulation sont les moyens les plus efficaces pour réviser et améliorer les conduites à tenir. Les EFE en réalisent globalement très régulièrement (environ 2 fois par mois à Lima) en essayant dans la mesure du possible de varier les scénarii (alarmes en période d’interclasse, au moment du repas de midi,…) et en impliquant parfois mêmes les parents et les secours.
Ces exercices de simulation se généralisent (timidement encore) de plus en plus en dehors des établissements scolaires, à l’échelle d’un quartier (Panama, Managua), d’une ville (Lima, Santiago) ou d’une région (Californie). Ces actions de sensibilisation générales sont absolument essentielles pour toucher l’ensemble de la population en passant par toutes les strates sociales.

En dehors de cette vision relativement classique du risque et de sa gestion j’ai pu rencontrer un certain nombre de chercheurs et d’organismes impliqués dans la gestion des risques naturels. Une de mes plus fortes rencontres fût à l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD?) avec les membres de l’équipe PACIVUR (Programme Andin de formation et de recherche sur la Vulnérabilité   et les Risques en milieu Urbain). Cette équipe ne définit plus le risque comme, classiquement, le produit de l’aléa et de la vulnérabilité   mais comme la capacité de perdre (vulnérabilité  ) ce à quoi on accorde de l’importance (enjeux majeurs d’un territoire). Cette différence, qui peut sembler simplement sémantique, est pourtant fondamentale puisqu’on ne part plus ici de ce qui menace (l’aléa) mais de ce qu’on veut protéger ! A titre d’exemple la démarche, actuelle et classique est d’élaborer des cartes d’aléas (sismiques, inondations, etc…) et d’y surimposer les structures importantes. On peut ainsi identifier qu’un hôpital est dans une « zone à risque » ou pas, mais c’est oublier les chaines de dépendance, nécessaire au fonctionnement d’un hôpital. Si la centrale d’approvisionnement en eau ou en électricité se situe dans une « zone à risque », l’hôpital se trouvera en incapacité de fonctionner malgré sa « bonne position ». La démarche classique n’a donc que très peu de sens et il est bien plus opérationnel de se préoccuper du fonctionnement maintenu de l’hôpital en question. De plus, le fait de raisonner à partir de ce qu’on veut protéger est une démarche bien plus efficace face à la multiplicité des aléas (terroristes, sanitaires, naturels, technologiques), puisque les réponses seront souvent les mêmes ! Dans cette définition l’aléa est donc inclus dans la vulnérabilité  , puisqu’une des formes de vulnérabilité   est l’exposition à l’aléa. La vulnérabilité   ne se limite évidemment pas à l‘aléa qui peut concerner aussi des problèmes de types institutionnels, sanitaire etc… Ce changement fondamental de vision devrait se répercuter dans l’investissement économique de la gestion des risques naturels qui, pour le moment se concentre largement dans la mesure où « la contention » de l’aléa. Il est bien certain qu’il faut la mesure sismique pour adapter la construction SAUF que la majorité des mesures sont faites sur des zones déjà construites ou dans des zones où les normes de construction ne seront jamais adaptées aux mesures sismiques. Dans cette optique, la mesure de l’aléa ne devient pas inutile mais devrait simplement être au service de l’enjeu  . Il y aurait par exemple beaucoup plus de sens à mesurer la résistance sismique au niveau de centrales électriques, d’approvisionnement en eau, d’hôpitaux, de ponts, de centres décisionnaires etc… L’investissement en « sciences dures » / « sciences sociales » devrait être inversé pour s’intéresser davantage à ce qu’une ville ou une société pourrait perdre !
Cette nouvelle vision du risque permettrait également de revoir nos scénarii sur lesquels sont basés la plupart des exercices. Ainsi, les scénarios de simulation ne devraient plus être centrés sur l’aléa (ex : séisme   de magnitude   6.5 ou 8.2) mais sur l’enjeu   à perdre (ex. : l’usine d’eau potable ne fonctionne plus, les voies de communications ont isolé la ville, la centrale électrique ne fonctionne plus »). On étudierait les conséquences en chaine que cela pourrait avoir sur l’agglomération, afin d’y remédier et de préserver les structures essentielles au fonctionnement de la ville.

Pour conclure et répondre en une phrase à la question de départ je dirais que « l’éducation au risque » sera réellement efficace quand chacun prendra bien conscience de ce qu’il peut perdre et pas seulement dans une situation classique de « salle de classe » ; ainsi il conviendrait que chaque famille s’implique (sans attendre des consignes officielles) et réfléchisse à un plan de mise en sureté, ceci en-dehors de toutes considération sociale et économique.

3/ Prévoyez-vous encore des escales en zones sismiques ?
Une des idées fondatrices de la série « La Communauté Educative face aux risques naturels majeurs » est d’observer la gestion d’un même risque en fonction du pays et de la zone géographique afin de mettre en évidence les différentes pratiques et de comprendre leurs différences.

Même si à l’issue de cette première année d’itinérance je ne possède pas encore le circuit définitif de la seconde année il est certain que je passerai dans des zones sismiques sur le continent Africain (région du rift Est : Tanzanie, Ethiopie) et Asiatique (Japon, Indonésie) afin de réellement pouvoir parler de « vision globale ».

Je profiterais également de ces escales en zones sismiques pour promouvoir à l’international la plaquette « Mémorisks – quand la Terre gronde » éditée par l’association Prévention 2000} et qui vise à éveiller les professeurs des écoles et leurs élèves à la problématique de la gestion des risques naturels. Ce projet (qui repose sur un partenariat entre les collectivités locales, les institutions et l’école engagée), pilote pour l’UNESCO et soutenu par les Nations-Unies doit être adapté et diffusé le plus largement possible pour que la résilience devienne l’affaire de tous et partout !