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Espace témoignagesInterview de Milan Zacek

Lundi 31 mars 2008

Interview de Milan Zacek

Contexte

Milan ZACEK est professeur à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture (ENSA) de Marseille-Luminy. Architecte et ingénieur de formation, il est expert en construction parasismique et participe à de nombreux groupes de travail, missions d’expertise et actions de formation et d’enseignement dans ce domaine au niveau national et international. Il est à l’origine ou a participé à des ouvrages de référence dans le champ de la conception parasismique.

Questions - Réponses

1/ Pouvez vous nous résumer en quelques mots ce que l’on entend par « architecture et conception parasismiques » ?

La conception parasismique d’un bâtiment, ou plus généralement d’un ouvrage, consiste à opter pour une architecture qui lui confère un bon comportement lorsqu’il est exposé à un tremblement de terre  . Sont concernés : forme d’ensemble du bâtiment et choix du système porteur, ainsi que son organisation en plan et en élévation, donc sa configuration et la disposition des éléments de la structure principale. Ces éléments participent nécessairement de l’architecture et relèvent donc du parti architectural recherché, dont le choix est opéré dès l’esquisse.

2/ En quoi la conception parasismique d’un projet est-elle fondamentale en complément de l’application des règles de construction parasismique ?

Pour un séisme   donné, l’importance des oscillations auxquelles un bâtiment sera soumis, ainsi que leur nature, dépendent entièrement de son architecture. En cas de conception inadéquate, ces oscillations peuvent être très préjudiciables : torsion de l’ouvrage, oscillations asynchrones de ses différentes parties, concentrations des déformations sur certaines zones, etc. L’architecture d’un ouvrage détermine donc l’action sismique à laquelle il sera exposé lors d’un séisme  . L’application des règles parasismiques a pour but de conférer aux ouvrages une résistance suffisante vis-à-vis de cette action, qu’elle soit optimisée ou non par la conception.

La protection ainsi obtenue n’est pas totale. Les règles parasismiques visent « une probabilité raisonnablement faible d’effondrement ou de désordres structuraux majeurs » sous les actions sismiques de calcul qui, en plus, sont inférieures au séisme   maximal plausible. L’application des règles ne garantit donc pas l’absence de dommages graves en cas de séisme   destructeur. La probabilité de ruine par écroulement augmente rapidement quand l’action sismique dépasse le niveau réglementaire. En outre, les règles parasismiques sont basées sur des hypothèses simplifiées, qui ne correspondent pas toujours au comportement réel des constructions.

En contrepartie, l’architecture « parasismique » permet de minimiser les charges sismiques, de créer une réserve de résistance vis-à-vis des charges plus sévères que le séisme   de calcul et d’optimiser le coût de la protection parasismique.

3/ Où en est-on en France dans ce domaine ? Est-on plutôt en avance ou en retard en comparaison d’autres pays soumis au risque sismique   ?

A ma connaissance, l’architecture parasismique n’est pas enseignée dans les écoles d’architecture étrangères, et encore moins pratiquée. En France, la conception parasismique des bâtiments est au programme de certaines écoles, mais elles sont minoritaires. Ces enseignements se sont développés après les formations des enseignants des écoles d’architecture, mises en place à l’initiative et avec le financement du ministère en charge de l’environnement. Mais très peu d’enseignants se sont déplacés et seulement quelques uns ont décidé d’intégrer les connaissances acquises dans leurs activités pédagogiques. Mais même limités à certaines écoles, ces enseignements existent, ce qui fait que la France a une petite longueur d’avance sur les écoles d’architecture étrangères. Par contre, les architectes en exercice semblent complètement ignorer la problématique, même lorsqu’une compétence dans ce domaine est exigée pour participer à un concours concernant un bâtiment situé en zone sismique.

4/ Selon vous quelles sont les conditions nécessaires au développement de l’intégration du risque sismique   dans la conception des projets d’ouvrages ? (Formation des professionnels, organisation de
manifestation, relation entre les différents acteurs de la construction…)

Je pense que les architectes pratiqueront la conception parasismique des bâtiments quand ils y seront obligés, c’est-à-dire quand les maîtres d’ouvrage l’exigeront. Pour cela, il faut que ces derniers soient conscients des avantages que la conception parasismique apporte, notamment en ce qui concerne la sécurité des ouvrages et l’optimisation du coût de la protection parasismique, permettant de faire de sérieuses économies. Il est donc nécessaire de les sensibiliser, informer et, s’ils le désirent, former.

Cette exigence entraînera l’intérêt des concepteurs de projet pour une formation dans ce domaine. La formation continue des architectes en conception parasismique des bâtiments, dispensée actuellement à l’ENSA-Marseille, suscite encore très peu d’intérêt auprès des architectes français.

Actuellement, la quasi-totalité des architectes ignore l’incidence de leur projet sur le comportement des bâtiments sous séisme  , pensant que la protection parasismique est une affaire d’ingénieurs. En outre, beaucoup sont réfractaires à l’idée d’ajouter un « souci » supplémentaire aux contraintes qu’ils doivent concilier dans le cadre d’un projet.

5/ Au niveau des écoles d’architecture, quelle est le degré de formation des futurs architectes à la conception parasismique ? Est-ce dans le cursus général ou fait-elle l’objet d’une spécialisation ?

Les écoles où l’architecture parasismique est enseignée, l’ont en général incluse dans le programme du cursus initial. Le degré d’approfondissement du thème est très variable d’une école à l’autre. Mais faute d’une demande, de la part des enseignants concernés, d’intégrer cette problématique dans l’élaboration des projets, les acquis des cours spécifiques finissent par être perdus.
Deux écoles d’architecture françaises proposent une formation post-diplôme spécialisée : ENSA-Marseille (DPEA? « Construction parasismique », formation d’un an) et ENSA-Paris-Belleville (DSA « Architecture et risques majeurs », formation de deux ans). Dans les deux cas, les candidats français sont très minoritaires (en moyenne, 1 à 2 sur 20 étudiants à Marseille).

Milan Zacek - Construire Parasismique
Milan Zacek - Construire Parasismique

Liens Utiles

Quelques documents de référence

  • Collection « Conception parasismique » destinée aux architectes, ingénieurs, enseignants et professionnels, 42 pages, Grands Ateliers de l’Isle d’Abeau, 2005.
  • « Guide de la conception parasismique des bâtiments », Editions Eyrolles, Paris 2004.
  • « Construire parasismique », Éditions Parenthèses, Marseille 1996.