Lettre du Plan Séisme - 1er trimestre 2015, Dossier : Sauvetage-déblaiement, une spécialité au service des secours

Dossier : Sauvetage-déblaiement, une spécialité au service des secoursDossier : Sauvetage-déblaiement, une spécialité au service des secours

Requise lors d’interventions faisant suite à un séisme  , la spécialité sauvetage-déblaiement permet aux sapeurs-pompiers d’intervenir dès qu’un bâtiment menace de s’écrouler. Elle nécessite une formation bien particulière, un entraînement constant mais aussi des outils spécifiques proches de ceux utilisés dans le secteur du BTP. Les unités ainsi spécialisées peuvent participer à des détachements sur le plan national, mais aussi international.

Opération de sauvetage-déblaiement lors de l'exercice RICHTER mené à Annecy en 2014
Opération de sauvetage-déblaiement lors de l’exercice RICHTER mené à Annecy en 2014
Source : DGSCGC?

Lorsque « les moyens traditionnels des sapeurs-pompiers sont inadaptés, insuffisants ou dont l’emploi s’avère dangereux en raison des risques présentés ». C’est dans ce contexte que la spécialité sauvetage-déblaiement s’avère nécessaire, selon le premier chapitre du guide national de référence (GNR) d’avril 2013. Cette spécialité permet en effet d’intervenir « en matière de reconnaissance, de sauvetage et de sécurisation d’un site dans les milieux effondrés ou menaçant ruine », rappelle le GNR. C’est donc une spécialité indispensable pour secourir dans les meilleures conditions les victimes coincées sous les décombres, lorsqu’un tremblement de terre   est survenu, mais pas seulement.

« Cette spécialité permet d’intervenir sur un effondrement d’immeuble suite à une fuite de gaz, par exemple, ou lorsque des crues torrentielles ont endommagé un bâtiment ou un pont », précise le lieutenant-colonel Couasné. En résumé, le sauvetage-déblaiement permet d’intervenir dès que des dommages apparaissent sur des infrastructures. En outre, « il est courant que les moyens traditionnels ne soient pas adaptés », complète le chef du centre de secours principal d’Annecy Marc Schmidlin, « il peut y avoir des problèmes de hauteur d’échelle ou des besoins d’outil pour percer un mur par exemple. »

Le sauvetage-déblaiement vu par Eric Appéré

La priorité : sortir les victimes vivantes

Les équipes spécialisées dans le sauvetage-déblaiement sont donc dotées de matériels spécifiques, et formées à les utiliser. « Il y a du matériel de recherche et de localisation des victimes, du matériel pour couper le béton, pour étayer et conforter les structures et bien sûr pour dégager les victimes », énumère le lieutenant-colonel Couasné qui détaille le déroulement d’une intervention de ce type : « une fois que la victime est localisée sous les décombres, on réalise ce qu’on appelle un boyau. C’est une opération qui peut prendre plusieurs heures ». Et même jusqu’à 12 heures ! Le boyau est un couloir d’accès qui permet d’atteindre la victime. Les premiers à s’y engouffrer sont les équipes médicales. « Elles préparent la victime, parfois il est nécessaire de la perfuser et dans les cas extrêmes l’équipe médicale est amenée à amputer sous les décombres », relate le lieutenant-colonel. « Quand on localise une victime vivante, on veut la sortir vivante ! », martèle-t-il.

Pour localiser d’éventuelles victimes, les sauveteurs-déblayeurs disposent par exemple de capteurs « d’écoute ». « On pose les capteurs sur une dalle en béton et on envoie un signal en frappant la dalle », explique le commandant Schmidlin, « s’il y a quelqu’un coincé dessous, il répond, soit en criant, soit en grattant le béton ou les canalisations par exemple. On peut ainsi localiser au plus près la victime ». Les équipes cynotechniques, avec leurs chiens entraînés pour la détection de victimes sous décombres, sont aussi régulièrement mises à contribution.

Marteau-piqueur, coussin de levage et tronçonneuse à béton…

Des caméras type endoscopie peuvent également être utilisées. Pour cela il est souvent nécessaire au préalable de percer un trou dans le béton. C’est là que les techniques utilisées dans le BTP sont utiles. Mais c’est surtout une fois la victime repérée, qu’elles deviennent indispensables. Tronçonneuse à béton, marteau-piqueur, scie circulaire ou encore carotteuse à tête diamantée ou lance thermique vont pouvoir être employées pour casser les éléments de structure sous lesquelles se trouve la victime. « Ce sont les circonstances qui vont nous dicter quels outils utiliser », intervient le commandant Fanck Fiorelli, adjoint au chef du groupement territorial Nord et conseiller technique sauvetage-déblaiement du service départemental d’incendie et de secours des Alpes-Maritimes (SDIS06).

Les équipes spécialisées disposent aussi de matériel de manœuvre de force, comme des treuils, des vérins ou des coussins de levage en kevlar de différentes dimensions pour soulever ou déplacer de gros morceaux de béton. « Ce sont beaucoup de choses issues du BTP », fait remarquer le chef du centre de secours principal d’Annecy Marc Schmidlin, « on essaie d’évoluer aussi vite que ce secteur. »

Outre cette panoplie d’outils spécifiques, les équipes de sauvetage-déblaiement disposent de brancards particuliers afin, par exemple, de pouvoir cheminer au mieux entre deux dalles. Des « barquettes » - ainsi nommées car des rebords sur tous les côtés encadrent le brancard pour protéger la victime - sont munies de systèmes d’attaches caractéristiques. Ces attaches permettent notamment de descendre le brancard depuis le tas de gravats jusqu’au sol ou de pratiquer la technique de la « glissade sur échelle ». « L’échelle est utilisée comme un toboggan sur lequel glisse la barquette retenue par des cordes », explique le commandant Schmidlin.

Le télémètre d’alarme : un outil opérationnel complémentaire

Au-delà de la recherche, de la localisation et du secours des victimes, il est aussi pertinent de déployer des méthodes et des équipements pour préserver la sécurité des sauveteurs eux-mêmes. C’est pourquoi le SDIS? 06 a par exemple acquis mi-2014 un télémètre laser d’alarme. Son fonctionnement ? Lors d’un séisme  , l’appareil détecte le premier train d’ondes et émet une alarme avant que le train d’ondes suivant responsable des effets de cisaillement sur les structures n’arrive. Les sauveteurs auront ainsi pu avoir le temps de se mettre en sécurité.

Télémètre d'alarme du SDIS 06
Télémètre d’alarme du SDIS 06
Source : SDIS06

L’acquisition de cet appareil de surveillance de la stabilité des structures et des terrains instables, répond également à deux autres objectifs : surveiller les désordres structurels sur le bâtiment ainsi que les mouvements de terrain, nombreux dans ce département. « Cela faisait une dizaine d’années que je cherchais un appareil de ce type », raconte le commandant Fiorelli, « j’avais même recherché du côté du secteur minier. » L’année dernière, rien que dans ce département, le télémètre laser aurait pu être utilisé à quatre reprises, notamment lors de l’effondrement du magasin Carrefour à Nice ou lors d’un glissement de terrain à Isola village après qu’un rocher a emporté une maison. Pour le commandant Fiorelli « ce télémètre est un excellent outil opérationnel qui vient en complément. Je demande toujours à mes sauveteurs de maintenir leur niveau de vigilance. »

4 équipes militaires classifiées INSARAG d’ici à 2017

Le département des Alpes-Maritimes compte 120 personnes spécialisées dans le sauvetage-déblaiement, parmi les 8000 environ qui le sont sur le territoire national. La formation à cette spécialité se découpe en trois niveaux. Les deux premiers, d’équipier et d’encadrement intermédiaire, se font à l’échelle départementale pour les sapeurs-pompiers tandis que la formation au niveau 3, de chef de section susceptible de diriger plusieurs équipes à la fois, se fait au niveau national.

Pour laisser le plus de place au terrain, la partie théorique sera déplacée d’ici deux ans sur une plateforme de e-learning. « C’est une méthode novatrice qui suit une approche par les compétences et la validation d’acquis des savoirs », développe le Commandant Philippe Meresse, organisateur de formations à l’école d’application de sécurité civile (ECASC) - lire encadré. Et pour multiplier les mises en situation, la formation offre la possibilité de travailler en environnement virtuel. « On a un drone qui permet de faire des relevés de terrain et d’avoir des images 3D, poursuit-il, et on vient d’acquérir un scanner 3D pour scanner des bâtiments et les reproduire dans le simulateur ». Les premiers passages dans ce type d’environnement pourraient avoir lieu entre juin et septembre prochain.

Si elle garantit déjà un excellent niveau technique, cette formation n’assure pas une bonne visibilité sur le plan international. Alors que près de 1000 sapeurs-pompiers et secouristes français sont intervenus à Haïti suite au séisme  , que leur travail a été reconnu et apprécié localement ; alors que la France était le deuxième acteur après les Etats-Unis sur cette intervention, elle n’est pas apparue dans les comptes rendus des nations unies.

Opérations de sauvetage-déblaiement en Haïti après le séisme de 2010
Opérations de sauvetage-déblaiement en Haïti après le séisme de 2010
Source : AFP

La raison ? Aucune de ces équipes ne disposaient de la classification INSARAG (International search and rescue advisory group), un système de certification, imposant un standard minimum et un langage commun, mis en place par l’ONU?. « Jusqu’à présent la France n’était pas classifiée car on estimait que nos propres standards étaient au-dessus », explique le commandant Philippe Meresse. Cet événement à Haïti fait basculer les choses. D’autant que l’ONG Pompiers de l’Urgence Internationale (PUI?) a été la première classifiée dès 2010. Les deux premières équipes militaires à obtenir ce Graal sont celles de Brignoles et de Nogent-le-Rotrou en mars 2014. « C’est une évaluation par les pairs. Pour Brignoles il y avait 8 à 10 évaluateurs venus de Corée, de Grande-Bretagne, du Danemark, d’Allemagne ou de Finlande », se souvient le commandant Meresse.

D’ici 2017 deux autres équipes devraient être estampillées ONU. Avec, à terme, quatre équipes militaires et une association humanitaire classifiées INSARAG, la France disposera du plus grand nombre de classifications au monde.

Pour aller plus loin

planseisme picto 17 pointi - Guide national de référence sauvetage-déblaiement
- Site de l’école d’application de sécurité civile (ECASC)
- Méthodologie et lignes directrices de l’INSARAG
- Informations sur le télémètre laser du SDIS06