Lettre du Plan Séisme - 3e trimestre 2015, Dossier : Après un séisme, l'urgence concerne aussi les constructions

Dossier : Après un séisme, l'urgence concerne aussi les constructionsDossier : Après un séisme, l’urgence concerne aussi les constructions

Le 15 septembre 2014 une convention nationale était signée entre la direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC?) et l’association française du génie parasismique (AFPS?). Elle fournit un cadre à la mise en place d’une méthodologie uniformisée sur le territoire national, pour intervenir en urgence après qu’un tremblement de terre   a eu lieu pour la conduite de diagnostics bâtimentaires. L’objectif ? Identifier rapidement quels bâtiments peuvent être réintégrés et quels sont ceux qui présentent des risques en cas de nouvelles secousses.

Inspection d'un bâtiment endommagé suite au séisme de Lorca du 11 mai 2011
Inspection d’un bâtiment endommagé suite au séisme de Lorca du 11 mai 2011
Source : AFPS?-BRGM?, D. Monfort

Quand la terre tremble, la priorité des secours durant les premières heures (voire les premiers jours) va au sauvetage des personnes blessées ou en danger, au déblaiement des zones où des habitants pourraient avoir été ensevelis, à la gestion des réseaux routiers parfois coupés, à l’alimentation en eau et en vivres des populations… « Mais après cette période de crise, tout n’est pas terminé ! », martèle Catherine Guénon, adjointe au chef du bureau d’analyse et de gestion des risques (SDPGC/BAGER) à la direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC). Qu’advient-il des bâtiments endommagés mais pas écroulés ? Peut-on les occuper de nouveau sans risque d’effondrement ? Qui décide de leur niveau de sécurité ? Cet aspect est essentiel en matière de sécurité des personnes mais aussi de retour à la normale.

Ce sont toutes ces questions que ce sont posées les membres de l’association française du génie parasismique (AFPS) pour aboutir au lancement officiel, le 27 janvier 2015, du dispositif « Urgence ». Il propose non seulement une méthodologie pour élaborer des diagnostics sur les bâtiments - aussi bien d’habitations individuelles que d’établissements recevant du public -, mais aussi une organisation pour faire remonter les informations de façon efficace et former des inspecteurs volontaires bénévoles.

« On savait qu’il était nécessaire de mettre au point un diagnostic pour les constructions, mais suite au séisme   qui a durement touché les Saintes aux Antilles françaises en 2004, c’est devenu particulièrement criant, se souvient Ghislaine Verrhiest-Leblanc, coordinatrice nationale du dispositif « Urgence » et responsable du groupe de travail « urgence » de l’AFPS. Une méthode nationale, qui permettrait d’évaluer si l’accès aux bâtiments était à interdire ou limiter ou si une réintégration était possible, était nécessaire. » Dès 2006, un groupe de travail de l’AFPS se penche sur le sujet en Guadeloupe.

Mais en 2007, lorsque la Martinique est secouée par un tremblement de terre   de magnitude   7,4, les réflexions ne sont pas suffisamment avancées pour qu’une véritable méthodologie ait pu voir le jour à l’AFPS. « C’est compliqué de mobiliser des gens pour établir des diagnostics, et même s’il y a des volontaires, s’il n’y a pas de méthodologie, on peut obtenir tout et n’importe quoi », constate Thierry Winter, coordinateur national du dispositif « Urgence » avec Ghislaine Verrhiest-Leblanc.

Le diagnostic bâtimentaire vu par Eric Appéré

Un outil de plus pour l’anticipation et la gestion de crise sismique

Il faudra attendre septembre 2014, pour que l’organisation de la gestion postsismique des bâtiments soit formalisée dans la convention bilatérale entre la DGSCGC et l’AFPS. Elle définit les conditions de mise en œuvre et le cadre du dispositif « Urgence » développé par l’AFPS. C’est le fruit d’un travail de longue haleine.

Du côté de l’AFPS d’une part, qui a élaboré, avec le soutien du ministère de l’intérieur et des ministères en charge de l’écologie et du logement, la méthodologie applicable sur l’ensemble du territoire national. Et de la DGSCGC d’autre part, pour intégrer cette démarche dans le dispositif ORSEC? qui a vu le jour en 1952 et a été refondu par la loi de modernisation de la sécurité civile du 13 août 2004. « Pour gérer les questions post-crise, il nous fallait nous doter de compétences complémentaires, explique Catherine Guénon, d’où cette démarche de faire appel à l’AFPS, une association de renommée internationale qui, de son propre chef, avait déjà décidé d’investir cet aspect-là des choses. »

« Au départ, nous étions partis dans l’idée de faire agréer l’AFPS par la sécurité civile, au même titre que le sont d’autres associations qui interviennent au niveau des secours », relate Emilie Crochet de la DGSCGC, qui a travaillé main dans la main avec l’AFPS. Mais sur quels fondements juridiques s’appuyer ? « Même si l’objectif de l’AFPS est bien la mise en sécurité des personnes, cela passe par les biens. Et cela rend impossible l’agrément… C’est pourquoi nous sommes passés par cette convention bilatérale », explique-t-elle.

Tout nouveau dans le paysage de la gestion de crise, ce dispositif devrait désormais être intégré aux documents de planification de la gestion de crise et aux exercices de crise (tels que les exercices RICHTER par exemple). Et d’ici là « nous allons diffuser la convention à l’ensemble des préfectures concernées », indique Catherine Guénon. L’AFPS et les inspecteurs assermentés qu’elle a formés pourront donc être mobilisés.

Une formation en quatre jours

La méthodologie - partie intégrante de la convention entre l’AFPS et la DGSCGC - s’est inspirée de ce qui se fait déjà en Italie, en Suisse ou aux Etats-Unis. Elle permet d’établir des diagnostics suivant des critères pertinents et homogènes. « On a mis en place des fiches de relevés pour estimer le niveau d’endommagement d’un bâtiment et en déduire un niveau de risque », développe Ghislaine Verrhiest-Leblanc qui anime le groupe de travail « Urgence » de l’AFPS depuis 2010. La conclusion des diagnostics peut être affichée/signalée à l’entrée des bâtiments examinés si les autorités le demandent. Ainsi, si l’occupation est possible et autorisée, une affichette de couleur verte est placardée sur le bâtiment. Si le risque est jugé significatif, mais que la réintroduction temporaire dans le bâtiment est permise - « le temps de récupérer quelques affaires personnelles », précise-t-elle - c’est la couleur jaune qui est affichée. La couleur rouge est réservée aux cas de dangers imminents où l’introduction dans le bâtiment est totalement proscrite.

Affiches utilisées par l'AFPS pour informer sur le résultat des diagnostics bâtimentaires d'urgence
Affiches utilisées par l’AFPS pour informer sur le résultat des diagnostics bâtimentaires d’urgence
Source : AFPS?

« Quelle que soit la personne qui établit le diagnostic, c’est nécessairement la méthode AFPS qui doit être appliquée », insiste Thierry Winter. C’est pourquoi, l’association a également mis au point une formation destinée aux inspecteurs volontaires-bénévoles qui ne sont pas nécessairement adhérents de l’association. « Notre cœur de cible, ce sont les personnes qui ont déjà un vernis dans le domaine de la construction », prévient Ghislaine Verrhiest-Leblanc. Mais pas seulement. « On ouvre aussi le dispositif à ceux qui n’ont pas ce type de profil mais qui veulent intervenir en appui logistique par exemple pour alimenter les inspecteurs en matériel, en relevé ou même en eau », poursuit-elle.

Pour ce faire, différents modules de formation ont été développés. La formation complète pour devenir inspecteur dure quatre jours et se solde par une évaluation permettant d’obtenir l’habilitation valable trois ans. « Un QCM permet de tester leur compréhension et leur intégration des consignes ainsi que les connaissances fondamentales en matière de structure », dévoile Ghislaine Verrhiest-Leblanc. En outre, une vidéo, tournée suite au séisme   de 2009 à l’Aquila en Italie, permet une mise en situation virtuelle. Organisés en binômes, les inspecteurs doivent alors remplir une fiche et formuler un avis à partir des images des bâtiments endommagés qu’ils ont vus sur la vidéo.

Les premières sessions de formations ont démarré en juin dernier. Et l’objectif à terme est de former 300 inspecteurs en métropole et 200 autres aux Antilles. La prochaine étape ? « Concevoir la formation d’une journée qui permettra de prolonger l’habilitation des inspecteurs à l’issue des trois ans », révèle Ghislaine Verrhiest-Leblanc. Mais aussi poursuivre les échanges avec les confrères transfrontaliers. « A terme, nous souhaitons aboutir à une normalisation de la méthodologie au niveau européen », intervient Thierry Winter.

Participants à la formation des inspecteurs réalisée au mois de juin en Guadeloupe
Participants à la formation des inspecteurs réalisée au mois de juin en Guadeloupe
Source : AFPS?

« En attendant, poursuit-il, notre objectif est que les collègues suisses et italiens s’approprient notre méthode afin qu’ils puissent intervenir en renfort si besoin. » Une possibilité qui nécessite encore des discussions avec la sécurité civile notamment, afin de voir dans quelle mesure et selon quelles modalités ces confrères transalpins pourraient eux aussi disposer d’un matricule qui les autorise à s’insérer dans le dispositif national.

Pour aller plus loin

planseisme picto 17 pointi Vous souhaitez, vous aussi, devenir volontaire-bénévole ? C’est facile ! Il vous suffit de créer un compte sur le site de l’AFPS et de suivre la procédure
Toutes les informations sur le dispositif « Urgence » de l’AFPS sont sur le site de l’association. Vous y trouverez les documents cadre du dispositif comme des « fiches réflexes » au format pdf. Par exemple, le document à destination des inspecteurs, intitulé FR UR 03- actions des inspecteurs VF_Indice 2 signé.pdf, présente les actions à mener et la conduite à tenir dans le cadre de l’activation du dispositif de diagnostic d’urgence de l’AFPS.
Des documents de communication expliquant notamment les enjeux et les besoins d’un diagnostic postsismique pour la France, ainsi que la convention nationale officialisant le dispositif d’urgence, y sont accessibles.

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