Lettre du Plan Séisme - 1er trimestre 2014, Dossier : Séismes et patrimoine culurel

Dossier : Séismes et patrimoine culurelDossier : Séismes et patrimoine culurel

Depuis les nombreux temples et cités antiques endommagés ou détruits au fil des siècles par des séismes jusqu’à la destruction en 2013 de près de 200 sites du patrimoine culturel chinois dans la région du Sichuan, de tout temps, les séismes ont constitué une menace pour le patrimoine de l’humanité. Avec l’augmentation des populations et du patrimoine exposé, la question se pose aujourd’hui plus que jamais de savoir quoi faire pour préserver notre patrimoine culturel et économique, non seulement pour nous, mais également pour les générations futures.

Séismes et patrimoine vus par Eric Appéré
Séismes et patrimoine vus par Eric Appéré
Source : E. Appéré pour planseisme.fr

Un patrimoine culturel vulnérable aux séismes

Après chaque séisme   majeur, on déplore la destruction de bâtiments historiques ayant traversé les siècles, et dont la perte est inestimable et le plus souvent irréversible. Affectant aussi bien les populations sinistrées que les sociétés dans leur ensemble, ce sont généralement les images de ces destructions qui demeurent en mémoire après le séisme  . Ainsi, en est-il de la citadelle iranienne de Bam, inscrite au Patrimoine Mondial de l’UNESCO et détruite en 2003, de la cathédrale de Christchurch (Nouvelle-Zélande) détruite en 2011, ou encore du Palais présidentiel d’Haïti effondré en 2010.

Palais présidentiel d'Haïti détruit suite au séisme du 12 janvier 2010
Palais présidentiel d’Haïti détruit suite au séisme du 12 janvier 2010
Source : REUTERS

Symboles de l’histoire, églises et châteaux apparaissent au premier rang du patrimoine historique bâti durement touché par les séismes, comme nous le rappellent les récents événements survenus en Espagne à Lorca en 2011 et en Italie en 2009 (séisme   de l’Aquila) et 2012 (séismes d’Emilie-Romagne). La France n’est pas en reste comme en témoignent les nombreuses églises partiellement détruites suite au séisme   de Lambesc de 1909, ou encore la destruction du clocher de l’église d’Arette (Hautes-Pyrénées) en 1967.

Cela souligne une nouvelle fois la vulnérabilité   du bâti vis-à-vis des séismes, et tout particulièrement celle du bâti historique. L’endommagement des bâtiments ne constitue cependant qu’un pan - le plus visible - des pertes patrimoniales consécutives aux séismes, mais il s’accompagne généralement de la destruction irréversible d’une grande diversité de biens culturels (tableaux, fresques, archives, etc.) ensevelis sous les décombres ou ravagés par les incendies qui peuvent survenir après un séisme  .

Protéger le patrimoine culturel face aux séismes

Adoptée en 1954, la convention de La Haye a apporté une première réponse à la question de la protection du patrimoine culturel, en traitant d’abord de la problématique des conflits armés. Aujourd’hui, cette convention et les protocoles qui lui sont associés veulent répondre aux dommages importants subis par le patrimoine culturel, non seulement du fait des conflits armés, mais aussi des catastrophes naturelles au premier rang desquelles les séismes. Elle s’applique à toutes les formes du patrimoine culturel, et couvre notamment les monuments d’architecture, d’art ou d’histoire, les sites archéologiques, les œuvres d’art, les manuscrits, les livres et autres objets d’intérêt artistique, historique ou archéologique, ainsi que les collections scientifiques de toute nature.

Le Bouclier Bleu

L’emblème de ce traité international à vocation universelle, un « Bouclier Bleu » apposé sur les monuments ou sites culturels à protéger, est devenu en 1996 celui d’une organisation pluridisciplinaire, le Comité International du Bouclier Bleu. Son ambition est de devenir pour le patrimoine culturel ce que la Croix Rouge est à l´humanitaire.
Relais de cette organisation en France, créé en 2001, le Comité Français du Bouclier Bleu exerce en particulier des missions de sensibilisation aux risques encourus par le patrimoine culturel et d’élaboration de mesures préventives et d’urgence visant à minimiser les conséquences des catastrophes, naturelles ou non.

En France, les Plans de Prévention des Risques (PPR?) naturels ou technologiques visent à éviter une aggravation de l’exposition aux risques des personnes et des biens et à réduire leur vulnérabilité  . Les enjeux patrimoniaux, culturels et environnementaux de types secteurs sauvegardés ou monuments historiques sont pris en compte dans l’analyse des enjeux du territoire ; des mesures de prévention ou de protection peuvent être prescrites. Les dépositaires du patrimoine - immobilier, mobilier, numérique, etc. - ont le devoir de faire observer les règles de mise en sûreté face aux menaces prévisibles. Pour ce faire, ils doivent dans un premier temps identifier ces menaces : ils peuvent pour cela s’appuyer sur les Dossiers Départementaux des Risques Majeurs (DDRM?) établis par les préfectures.

Le temps de la préparation …

La mise en place de mesures de sensibilisation aux risques encourus par le patrimoine culturel et d’élaboration de mesures préventives et d’urgence visant à minimiser les conséquences des catastrophes permettent d’anticiper et de se préparer plutôt que de constater et – lorsque cela est possible – de réparer.

Dans les territoires soumis au risque sismique  , les conservateurs du patrimoine doivent donc établir un plan d’urgence et de sauvegarde adapté aux spécificités de leur institution patrimoniale. Ce plan traite à la fois des mesures de prévention permettant au personnel de réduire les risques, et des modalités d’intervention en cas de sinistre, afin de minimiser les dommages subis par les ouvrages/collections.

Il est également possible de protéger le patrimoine au moyen de dispositions constructives parasismiques adaptées :

  • Par le renforcement parasismique du patrimoine bâti ;
  • Par la conception parasismique des bâtiments abritant des collections de biens culturels ;
  • Par la mise en place de moyens de protection des biens culturels adaptés (accrochage des biens, dispositifs parasismiques, etc.).

… et celui de l’urgence

Lorsqu’un séisme   survient, et une fois passée la phase d’urgence dominée par la problématique des secours aux personnes, il est essentiel d’œuvrer rapidement à la préservation des biens culturels affectés par le séisme  . Après un nécessaire travail de hiérarchisation des efforts de sauvegarde du patrimoine, il convient alors à la fois de renforcer les édifices patrimoniaux, de mettre en sécurité les biens culturels menacés, et de récolter les éléments nécessaires à la restauration de ceux ayant été endommagés.

Cette phase demeure pourtant délicate car elle nécessite le plus souvent d’intervenir au sein même de bâtiments en ruine ou fragilisés, que des répliques   peuvent ébranler à tout moment. C’est ainsi que quatre personnes (deux ingénieurs du patrimoine et deux religieux) venus constater les dégâts du séisme   d’Assise de 1997 sur la basilique de la ville, ont été tués par l’effondrement de l’une des voûtes de l’édifice.


Un tableau sauvé des décombres en Haïti… par culture-gouv

Exemple du Plan de Sauvegarde des Biens Culturels d’Arles

En 2011, le Centre Méditerranéen de l’Environnement (CME?) a organisé un campus euro-méditerranéen à Arles, visant à élaborer un plan de sauvegarde des biens culturels de la ville face aux risques naturels. Un groupe international de dix étudiants et jeunes professionnels spécialisés dans la valorisation du patrimoine, l’urbanisme et les risques naturels, a ainsi travaillé pendant trois semaines :

  • à l’identification des biens culturels potentiellement menacés par différents aléas naturels présents sur le territoire de la commune d’Arles ;
  • à la rédaction de recommandations adaptées à ces biens et aux aléas traités.

Consciente des menaces environnementales et attentive à la préservation de son patrimoine face aux risques naturels, la Ville d’Arles a ainsi pu compléter sa démarche de gestion durable des patrimoines, pris en compte dans le référentiel Qualicities initié par l’Alliance de Villes Européennes de Culture (AVEC).

Mesures préventives de protection des collections du musée départemental arles antique vis-a-vis du risque sismique  

Plusieurs mesures ont été prises pour minimiser les pertes et sauvegarder les collections en cas de sinistre (bandes réfléchissantes pour repérer les documents à sauver en priorité, numérisation des documents, partenariat avec Centre Interrégional de Conservation du Livre, formation des personnels etc.). Des critères de sélection ont été établis pour sauver les documents majeurs car il est impossible de tout sauvegarder. Deux critères ont été retenus : l’unicité du document et son caractère fondateur.

Le risque sismique   est particulièrement étudié. La construction surélevée et parasismique du bâtiment en témoigne. De plus, il existe des précautions mises en place pour protéger les œuvres d’art, comme l’utilisation de boites incassables et ignifuges, ou l’utilisation de bandes Velcro pour que les objets fragiles stockés dans les réserves soient protégés des chutes en cas de séisme  .