Dossier : L'origine des séismes, qu'en disaient nos aïeux ?, 3 questions à Pascal Bernard

3 questions à Pascal Bernard3 questions à Pascal Bernard

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Sismologue à l’Institut de Géophysique du Globe de Paris et l’auteur de « Qu’est-ce qui fait trembler la Terre ? À l’origine des catastrophes sismiques »

"Les témoignages sur les séismes sont une mine d’information !”

Vous décrivez dans votre ouvrage diverses croyances au fil des époques sur l’origine des séismes. Avaient-elles un fond de vérité scientifique ?

Oui, parfois, notamment pour ce qui concerne la météorologie, souvent décrite en début de récit dans les archives d’événements sismiques. En effet, la science contemporaine a démontré que de très fortes pluies peuvent générer une surpression d’eau et faciliter ainsi le fractionnement de petites zones responsables de légers séismes, dans des mines ou sur certains sites naturels. Au sujet de la pression atmosphérique, une grande dépression, après un ouragan ou un cyclone, peut subitement décomprimer le sol ; avec moins de pression dans les roches élastiques, les failles sont décoincées, ce qui peut susciter de petits séismes. En revanche, la température, par exemple de fortes chaleurs, ne change rien aux événements car elle ne concerne que la surface terrestre - sauf peut-être à long terme : dans les pays scandinaves, la fonte des glaces a allégé la roche qui les supportait et ces régions, par décompression, observent une sismicité  .

Les témoignages anciens servent-ils encore de nos jours ?

Les descriptions visuelles et sonores sont encore très utiles des siècles plus tard pour établir l’épicentre, la magnitude   ou encore les impacts des séismes. À la fin du XIXe siècle, les préfectures et l’Académie des sciences recevaient de nombreux et précieux courriers. De nos jours, ces documents servent plus que jamais grâce au développement de la sismologie   citoyenne. Créé en 1975, le Centre sismologique euro-méditerranéen (CSEM?), un organisme international, est un pionnier dans la collecte des données sismologiques au plus proche du temps réel. En fonction du nombre de connexions via une application mobile et de l’analyse des témoignages, des cartes des épicentres sont générées. Si la carte montre une zone blanche, c’est qu’il n’y a plus de connexion internet sur la zone concernée. Récemment, dans le compte-rendu d’un témoin sur le séisme   de magnitude   6,5 en Grèce, le 17 novembre 2015, « c’est comme si mon chien aboyait » décrit une onde « P » verticale et « plus tard, mon lit a bougé horizontalement pendant 3 à 5 secondes » correspond à une onde « S », ce qui permet de situer l’épicentre à environ 30 km du témoin. Cette fascinante science participative en émergence est très bénéfique pour la science, mais aussi pour la sécurité civile, notamment dans l’apport des premiers secours.

Avez-vous été vous-même témoin d’un séisme   ?

Oui, j’ai vécu plusieurs manifestations en période postsismique au Chili après un séisme   en 2010 d’une magnitude   7,5 : en pleine nature, mon équipe installait une station quand des mouvements horizontaux de 2 à 3 secondes, sans grondement ni vibration, se sont répétés sur 20 secondes environ. Nous avons conclu à une onde de surface située à une distance de 100 à 150 km de nous et provenant d’un fort séisme  , sans en connaître la direction. C’est rassurés que nous avons fini par joindre nos collègues à Santiago qui avaient fui les bâtiments. Pour eux, l’épicentre était loin de la ville. Le soir, là où nous dormions, nous avons compris que nous étions à l’épicentre : une canonnade de 2 secondes, telle une explosion, sans oscillations horizontales, s’est renouvelée toutes les 5 minutes la nuit entière, comparable à un orage nocturne, mais souterrain. Il s’agissait de petits séismes de magnitude   3 à 4.