Dossier La vulnérabilité sociale aux séismes, 3 questions à Élise Beck et Frédéric Léone

3 questions à Élise Beck et Frédéric Léone3 questions à Élise Beck et Frédéric Léone

Portraits

Géographe à l’Université de Grenoble-Alpes
Professeur à l’Université Montpellier III

« La reconstruction pose de lourds problèmes techniques mais aussi socio-économiques »

Pour réduire la vulnérabilité   sociale aux séismes en France, peut-on s’inspirer des expériences d’autres pays ?

Élise Beck : Oui, pourquoi pas, mais toutes les solutions ne peuvent pas être transposables à la société française en raison d’un biais culturel, entre autres paramètres. En Italie, à L’Aquila après le séisme   de 2009, il y a eu un fort impact de bénévoles autorisés par les autorités à prendre des congés pour venir en aide aux victimes. En France, c’est l’armée qui tient ce rôle. En Argentine, la famille occupe un rôle crucial dans la société et le pays a naturellement produit un kit d’urgence qui lui est destinée et qui fonctionne très bien puisque la cellule familiale est très étendue et solidaire. C’est bien moins courant dans notre pays.

Frédéric Leone : Au Japon, si les dégâts du séisme   de 2011 ont fait très peu de victimes grâce à un plan de prévention parasismique efficace, 20 000 personnes ont succombé au tsunami   : une digue d’une dizaine de mètres de hauteur n’a pas empêché la vague de près de 24 mètres de déferler sur les habitations construites juste derrière. On le voit clairement dans ce pays : l’intégration sur des générations de la culture au risque du séisme   est une réalité, contrairement à celle du risque au tsunami  , où les progrès restent à faire. Depuis, on observe un logique repli stratégique des zones résidentielles reconstruites sur les hauteurs. La France reste néanmoins très éloignée de ce contexte très spécifique à cet archipel.

Anticiper le meilleur scénario de reconstruction dans les zones à risques pour aider les victimes à retrouver une vie normale, est-ce une pratique courante ?

Frédéric Leone : Non, cela est rare. Certains programmes étudient en revanche des cas de reconstructions postsismiques. D’un point vue général, la reconstruction pose de lourds problèmes techniques mais aussi socio-économiques. Après le séisme   de 2009, à L’Aquila, par exemple, il a été décidé de reloger la population loin de sa ville, de ses repères, ce qui a rendu bien plus difficile son travail de résilience. En 2005, un an après le tsunami   de Banda Aceh, en Indonésie, la moitié de la ville était déjà reconstruite, mais sur les ruines même de la catastrophe et souvent à l’aide de matériaux de fortune ou bien loin des normes antisismiques. Là aussi, il s’agit d’une démarche non réfléchie, non encadrée qui ne considère pas les besoins de la population et qui l’expose au même risque en cas de nouvelle catastrophe. En Haïti, six ans après le meurtrier séisme   de 2010, la situation semble au point mort. On note une dilution des efforts de reconstruction, certainement pour des motifs politiques, institutionnels, culturels, par manque de compétences techniques et bien sûr, de coordination, de préparation.

Quel peut être l’apport des outils numériques et des réseaux sociaux ?

Élise Beck : Il serait fort utile de mettre davantage les individus en situation via de la réalité virtuelle ou d’autres formes de communication et de simulation. Les réseaux sociaux sont aussi des canaux précieux pour sensibiliser, mais également informer et aider en cas de crise. Avec le risque, pour les populations et les autorités, d’être noyées par les innombrables données générées. Aussi, des initiatives citoyennes fleurissent pour trier la masse d’information et fournir des synthèses aux pouvoirs publics comme le fait, par exemple, l’association VISOV (Volontaires internationaux en soutien opérationnel virtuel).